Le choc mondial engendré par la pandémie que nous traversons nous a malgré tout montré que placer les enjeux sociaux et sanitaires au centre des débats financiers et politiques était d’abord possible mais surtout nécessaire. L’inédite mise en commun des ressources privées et publiques pour lutter contre le virus nous amène à penser qu’une nouvelle ère plus sociale et durable pourrait apparaître post-coronavirus. Mais qu’en sera-t-il de l’évolution de l’ISR dans le monde de la finance post-COVID-19 ?

Une prise de conscience suivie d’actes concrets

Suite aux conséquences désastreuses de l’épidémie sur l’économie mondiale, les plans de relance vont donner les orientations financières et politiques pour les années à venir. La jurisprudence de la crise financière de 2008 nous interroge cependant sur la manière dont l’économie doit être redressée. C’est en prenant en compte cette problématique que Pascal CANFIN, président de la Commission de l’environnement du Parlement européen, parle de « Green Deal ». L’objectif est de réinjecter de manière plus efficace des capitaux en axant la récupération de l’économie sur un modèle financier plus durable et respectueux des objectifs de développement durable (ODD).Cette initiative n’est pas la seule et s’inscrit dans une logique financière globale. De nombreuses banques commencent à s’impliquer dans le domaine de l’ISR en émettant des obligations à caractère durable. Le 30 Mars 2020, c’est la Banque nordique d’investissement (NIB) qui a émis la première obligation sociale visant à financer les systèmes de santé et à atténuer les conséquences sociales de la pandémie. Suite à cette impulsion, la Banque européenne d’investissement (BEI) a émis un « Sustainability awareness Bond » de 1 milliard d’euros pour soutenir financièrement les entreprises européennes en donnant priorité au domaine de la santé dans la lutte contre le Covid-19.Dans ce contexte inédit c’est donc des mesures claires qui sont apportées par certains acteurs financiers. Les prévisions sont axées sur un développement de l’ISR appuyé par les stratégies d’investissement ESG qui se sont avérées très performantes pendant la crise. De plus, les conséquences économiques de la pandémie vont inciter les entreprises à revoir leur stratégies internes et leurs chaînes d’approvisionnement afin d’être plus durables et moins dépendantes.

L’investissement responsable, grand gagnant de la crise du COVID-19 ?

Alors que les différentes places boursières mondiales sont en forte régression, les fonds ISR traversent la crise de manière plus sereine. En effet, ils sont d’abord peu composés de valeurs dites cycliques, très sensibles à la conjoncture mondiale. De plus, ces fonds ne sont pas liés aux compagnies pétrolières et gazières étant très fortement pénalisées par les variations des cours ces derniers mois. Ainsi, ces valeurs, qui étaient perçues comme incompatibles avec la performance financière il y a quelques années, apparaissent aujourd’hui non seulement comme incontournables mais surtout comme gage de sécurité.Ce contexte avantageux pour les fonds ISR fait cependant courir le risque d’une montée en flèche du greenwashing pour certaines entreprises qui pourraient y voir l’opportunité de redresser leur situation en adoptant des mesures « durables » sur la forme mais non sur le fond. C’est pourquoi, par mesure de prevention, l’Autorité des marchés financiers (AMF) vient de renforcer les exigences de transparence pour tous les placements se réclamant de la finance responsable.Face à l’incertitude des marchés, les investisseurs cherchent donc des valeurs stables avec un fort potentiel d’évolution sur le long terme. La compatibilité de ces critères avec l’ISR ne peut qu’accentuer le développement des fonds responsables et leur offrir une vraie opportunité de croissance. Enfin, l’accent mis sur la transparence par l’AMF est aussi perçu comme un gage de sécurité pour les investisseurs qui souhaitent retrouver de la confiance dans les marchés.

@Gabriel Chapon / Pôle Salon de la Finance Responsable