Alors que suite à la période post pandémie, l’économie mondiale semblait repartir de plus belle, plusieurs événements sont survenus sur la planète, forçant les plus optimistes à revoir leur ambition à la baisse. Effectivement, la guerre en Ukraine survenue il y a de cela quelques semaines a déstabilisé non seulement le monde et son équilibre géopolitique, mais également les places boursières. À cela, s’ajoutent également les politiques monétaires de la FED (la réserve Fédérale américaine) qui ne renvoient pas l’image d’une économie en bonne santé …

Dès lors, pourquoi et dans quelle mesure les investisseurs deviennent-ils pessimistes ? Cette peur du lendemain est-elle rationnelle ?

  1. Les facteurs faisant apparaître un certain pessimisme  

C’est un fait depuis quelque temps ; les investisseurs n’ont jamais été aussi pessimistes, même lors de la fameuse crise de 2008, plus communément appelée la crise des « subprimes ».

En effet, entre la flambée des prix des matières premières et de l’énergie pour une part déclenchée par l’invasion russe en Ukraine, également le retour des tensions au niveau des chaînes d’approvisionnement, les investisseurs n’ont jamais été aussi incertains dans leurs prises de décision.

À cela, s’ajoutent les politiques de taux d’intérêt par la Fed qui ne cessent d’envoyer des signaux d’économie mondiale en fin de cycle.

C’est pourquoi, et selon l’enquête de Bank of America, les craintes d’une stagflation assorties d’un risque d’accident financier à un pic historique n’ont jamais été aussi élevées.

Dans ce contexte aussi imprévisible et imprédictible, certains investisseurs se sont déjà tournés vers les secteurs les plus résistants à l’inflation comme le secteur de la santé par exemple. 

D’autres investisseurs ont d’ores et déjà commencé à préparer le coup d’après où les plus pessimistes d’entre-deux anticipent déjà les conséquences d’une récession économique sur les marchés financiers, avec un rebond des obligations associé d’une chute du prix des matières premières.

Pour résumer, les marchés financiers, dû aux événements économiques, géopolitiques et institutionnels n’ont presque jamais été aussi volatils. Face à cela, les investisseurs semblent être mis à mal et peinent à obtenir des prédictions satisfaisantes et semblent naviguer à l’aveuglette.

De surcroît, les politiques monétaires mises en place par les institutions ne vont pas dans le sens d’un regain d’optimisme…

  1. Les réponses des institutions : facteur stabilisateur ou aggravant ?

En effet, depuis quelques semaines, les signaux envoyés par la Fed au travers de la politique monétaire ne semblent pas présager d’une économie en bonne santé. Les dernières déclarations de Jerome Powell sur la politique monétaire américaine n’ont fait qu’accroître les tensions.
Effectivement, à la suite de la hausse généralisée des prix (inflation) ce dernier s’est montré plus déterminé que jamais à lutter contre le dérapage de ce phénomène.

« Si nous pensons qu’il est approprié d’agir plus agressivement en relevant les taux des Fonds fédéraux (les taux directeurs de la banque centrale américaine) de plus de 25 points de base à une ou des réunions, nous le ferons » a-t-il affirmé.

Il a de plus ajouté que si la Fed jugeait nécessaire de remonter les taux au-delà du niveau considéré comme « neutre » elle le ferait. 

Aujourd’hui, la Fed considère le taux « neutre » qui permettrait de ne pas ralentir ou d’accélérer l’inflation se situe autour des 2,4%. 

Patrick Artus, économiste de Natixis, nous donne ses analyses concernant le « dilemme des prisonniers » que subissent les banques centrales actuellement.

Il a calculé que dans un scénario d’une parfaite indexation des salaires (les salaires qui s’adaptent à la hausse généralisée des prix, l’inflation) et où les entreprises refusent de se séparer de leurs marges habituelles, l’inflation d’équilibre doit être de 12,5% aux Etats-Unis, 20% dans la zone euro ainsi que 8% au Royaume-Uni.

Ainsi, et selon Patrick Artus, les banques centrales telles que la Fed ou encore la BCE font face à une équation insoluble, un dilemme ; soit elles laissent filer l’inflation pour faire en sorte de rendre les dettes publiques soutenables (plus l’inflation est importante, plus il est facile de rembourser les dettes dans la mesure où la monnaie en question se déprécie) et ainsi faire face aux conséquences sociales ; soit remonter les taux d’intérêt de manière plus accentuée en risquant une nouvelle crise de la dette, une récession ainsi que des potentiels « krachs ».

Ainsi, il semblerait que les propos tenus par Jérôme Powell aient pour intention de calmer les anticipations inflationnistes et laissant planer le doute sur les potentielles intentions de la Fed à augmenter les taux d’intérêt à un niveau jamais encore vus dans ce XXIème siècle 

Pour conclure, il est compréhensible que les investisseurs deviennent de plus en plus pessimistes. En effet, entre risques inflationnistes, conflits géopolitiques, potentielle stagflation, les marchés financiers présentent une très forte volatilité due à la grande difficulté de faire des prédictions sur le futur. 

À cela, se rajoute le dilemme des banques centrales entre relever les taux d’intérêt mais à s’y risquer à une crise des dettes avec l’ensemble des répercussions économiques et sociales qu’il pourrait y avoir ou bien de laisser grimper l’inflation pour maintenir la soutenabilité de la dette mais à se risquer à de potentielles crises inflationnistes.

Enfin, les conflits géopolitiques actuels n’ont fait que rendre les cours de la bourse encore plus volatils ce qui n’améliore pas la situation financière et boursière actuelle mondiale.